Spirale et logo de la FAEMC

La FAEMC a choisi pour logo une spirale. Pourquoi ?

La spirale élaborée par Michel Viet en 1989

Taiji et spirales
Ce logo est en fait un taijitu très ancien.
Le taijitu (太極圖) est une représentation graphique du taiji, principe taoïste de constitution du monde.
Ce principe explique la complexité du monde et de ses composantes à partir de la combinaison de deux principes complémentaires, le yin et le yang. L’un ne peut exister sans l’autre, et pour chaque application pratique, la notion de yin et de yang est fluctuante : un élément peut être yin par rapport à un autre et yang par rapport à un troisième…
La formulation exacte serait « plus yin que… » et « plus yang que… »
En effet la complémentarité fait que l’on ne rencontre jamais l’un sans l’autre : pur yin ou pur yang sont des inventions immatérielles et irréalistes. Un taijitu exprime cette dualité complémentaire intriquée.

La représentation graphique la plus répandue est celle d’un cercle partagé en deux parties égales par une ligne sinueuse, avec au centre de chaque région  « pure » un point rappelant l’autre région : le yin nait du yang et réciproquement. Les surfers ont choisi ce taiji classique pour représenter leur art de surfer sur le monde changeant des vagues.

 

spirale à 9 fils

Taijitu extrait du « Fanghu waishi » de Lu Qianxu (vers 1550)

La Fédération des Arts Energétiques et Martiaux Chinois a choisi dès sa création une autre représentation, plus ancienne et moins connue, qui repose sur une spirale de plusieurs traits. Cette spirale relie un cercle extérieur large à un cercle intérieur petit. La vision en creux est le lien par une spirale vide d’un vide infini extérieur à un vide limité intérieur.
Finalement que l’on considère les traits pleins (yin) ou vides (yang), ils ont la même fonction : relier macrocosme et microcosme. Par ailleurs les traits vides n’existent que par les traits pleins qui les limitent, de même que les traits pleins ne sont visibles que par le vide qui les entoure.
Au total yin et yang se complètent et s’interpénètrent, naissent l’un de l’autre comme dans le taijitu classique, mais avec une force plus grande liée à l’imaginaire de la spirale.

Spirale et civilisations
En effet la spirale est une forme géométrique simple utilisée dès la préhistoire pour évoquer des situations complexes essentielles.  Un tour rapide de différentes civilisations soulignera la force de cette représentation.

Urne funéraire chinoise

La Chine paléolithique a laissé des vases funéraires en terre cuite ornés de doubles spirales. De tout temps cette double spirale a été interprétée par les Chinois comme une représentation des forces cosmiques régénératrices. (vase du IIe millénaire BC)
Ceci souligne l’ancienneté de la conception taoïste de la naissance du monde (cf poème 2 du Tao Te Jing) :
–    Au début : rien
–    puis quelque chose apparaît, indistinct : le wuji
–    qui se sépare en deux entités complémentaires, yin et yang, formant un taiji
–    d’où découlent les dix mille êtres, formulation poétique pour l’infinité des éléments de l’Univers et leurs complexités et leurs différences.

Tête de Maori

Une fois désacralisée, la spirale sera utilisée pour styliser les mouvements multiples et chaotiques de l’eau, la mer, les nuages.

Les Maoris se font tatouer des spirales sur le corps pour souligner le rôle de l’homme comme lien entre la vie et l’au-delà, pour accompagner le guerrier dans sa vie et sa mort.

 

 

En Inde, la spirale est utilisée dès la plus haute antiquité pour représenter la puissance de la terre et des eaux, d’où découle toute vie. Ils y ajoutent un élément plus frappant en dotant cette spirale d’une tête : c’est le grand serpent du monde souterrain, le naga de la vie.
Plus tard, une fois structurée la théorie des chakras, ces derniers seront reliés par une force de vie en spirale, qui monte d’un chakra à l’autre, la kundalini, qui s’enroule autour des sept chakras. Là encore il n’est pas rare de souligner le caractère vivant de cette force en en faisant un serpent.

Les Mésopotamiens ont représenté la force de vie eux aussi par une spirale, qu’ils ont reliée à un élément spiralé du corps, les intestins : c’est la spirale des entrailles.

En Islam, les derviches tourneurs manifestent le lien entre le ciel et la terre que réalise l’homme. Ils tournent la main droite levée vers le ciel, la main gauche baissée vers la terre. Le derviche symbolise autant l’esprit qui coagule en matière autour de l’axe immobile qu’est le rachis, que la spirale de la terre qui tourne sur elle-même et autour du soleil.
Les derviches introduisent une troisième dimension : jusque-là les spirales envisagées étaient à plat ; eux forment des spirales en trois dimensions, avec des cercles qui s‘enroulent autour du rachis, mais aussi montent et descendent.

Notions philosophiques
L’introduction d’une troisième dimension donne à la spirale plus de force pour compléter les notions anciennes.
Ainsi d’une spirale large qui monte en se rétrécissant à un point puis continue à monter en s’élargissant à l’infini : c’est une représentation graphique d’un processus général de contraction-expansion, l’axe d’enroulement étant souvent le temps.
La spirale est alors une représentation du temps qui allie la circularité cyclique asiatique à la linéarité occidentale : à chaque spire le temps passe par les mêmes phases cycliques mais à un niveau différent du temps. C’est toujours la même chose et toujours différent. C’est la répétition infinie des mêmes cycles avec un début et une destinée, un avant et un après.

Au total
La FAEMC a donc choisi pour logo un taijitu ancien en spirale. Certes l’idée était de se démarquer des surfers, mais aussi et surtout pour insister sur le caractère chinois, traditionnel et philosophique du fondement des disciplines fédérales.
Ainsi, lorsqu’on contemple ce taijitu en spirale, on regarde non seulement une représentation initiale du yin et du yang, mais on ressent aussi ce que représente la spirale à travers nombre de civilisations, la vie, la force de vie, y compris par-delà la mort et le monde visible.
L’usage de ce logo est une profession de foi dans le caractère vivant et durable de ces disciplines, rebelles aux mots, résistantes aux modes, aides à la vie.

Bibliographie
– Taiji quan, art martial, technique de longue vie ; C Despeux ; Guy Trédaniel ed ; 1981
– La spirale mystique ; J Purce ; Librairie de médicis ; 1994
– Wikipedia

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