Ciel Terre Homme : Interprétation des trois entités agissantes de l’univers

Dans l’antiquité, les Chinois anciens examinèrent avec beaucoup d’attention les choses naturelles. Ils observèrent les astres du Ciel, étudièrent les êtres et les phénomènes de la Terre, essayèrent de connaître leur propre corps et les relations avec leur environnement.

En Chine, à l’époque de la dynastie des Zhou (1121-256 A.C.), les hommes en arrivèrent à fonder une philosophie primitive de la nature qui se traduisit par le principe du yin et du yang. Les hommes de l’Antiquité utilisèrent ce principe pour expliquer la totalité des phénomènes naturels. Les Chinois anciens appliquèrent ensuite ces principes à tous les aspects de la vie humaine, et ils associèrent phénomènes humains et phénomènes célestes. Au fil du temps naquirent les notions philosophiques comme l’adéquation ciel-homme et l’union entre le ciel et l’homme.

Le Ciel seul, sans la Terre, n’aurait pas de terrain pour exprimer son énergie (ou sa puissance). La Terre seule, sans le Ciel, rien n’y peut pousser. Et sans l’Humanité, l’existence n’a pas de sens. Donc c’est l’Homme qui donne un sens à notre univers. Sancai (la triade Ciel ou tian, Terre ou di, Homme ou ren) représente les trois entités agissantes de l’univers (attention à l’ordre de citation : ciel, terre, homme (tian, di, ren) et non homme, terre, ciel ou ciel, homme, terre ou terre, homme, ciel).

Dans l’étude de l’art du taiji quan, les anciens maîtres recherchaient aussi la correspondance avec le sancai (tian, di, ren). M. José Carmona a bien raison d’avertir les lecteurs occidentaux dans son livre intitulé « De Shaolin à Wudang » comme ceci : « Malgré une croyance bien ancrée chez les pratiquants occidentaux, celle-ci (la triade ciel-terre-homme), dans la tradition, n’a jamais été en rapport avec les trois parties de que compte l’enchaînement de taiji quan ».

qi des brumes et des montagnes

Qi des brumes et des montagnes

Dans le travail vers la perfection des arts martiaux de taiji au sein de l’école Yang, ces trois entités agissantes de l’univers correspondent aux trois horizons d’étude et de visions de vie.

1er horizon : CIEL / efficacité / le vrai (zhen)
Prendre l’exemple du Ciel selon le principe du yin et du yang et agir naturellement.
Forger son état d’esprit (être capable de garder son calme et son sang-froid au moment voulu, paisible, éveillé, etc…) et développer ses conditions physiques (capacités physiques, agilité, mobilité, souplesse, résistance et endurance).
Par le respect des règles et principes d’entraînement et par des méthodes pédagogiques adaptées, pratiquer et étudier les arts de taiji tels que forme à mains nues, armes et tuishou selon le principe du yin et du yang de la Nature.

2ème horizon : TERRE / fonctionnement / le bon (shan)
Maintenir le principe du Ciel et prendre l’exemple de la Terre selon l’étude du rapport entre la rigidité et la souplesse (gan et rou).
Savoir renoncer à soi-même pour suivre autrui. Moi seul connais autrui ».
A travers la pratique du tuishou, comprendre le rapport entre la rigidité et la souplesse, la manière d’allier la force à la douceur, et les transformer insensiblement en ayant un comportement correct et juste dans le développement et l’entretien des relations humaines et sociales.
Lao-zi a dit : « Tout est concret, rien n’est stable ».

un taoiste au repos

Un taoïste au repos

3ème horizon : HOMME / résultat / le beau (mei)
Après une bonne compréhension du principe du Ciel et un meilleur rapport avec la Terre, atteindre une meilleure gestion de la sagesse de l’Homme face à toute situation. C’est la vie de taiji, digne d’être un héros sans rival, qui ne cherche pas à gagner, mais cherche à ne pas perdre, tout à la fois sur les plans physique, psychique, social et spirituel.
Lao-zi a dit : « Celui qui se contente de peu n’a rien à craindre ».