Junzi, l’homme, la femme de bien

Anne Cheng, dans son « Histoire de la pensée chinoise », nous rappelle que le terme de junzi 君子 (littéralement fils de seigneur), « prend dans le langage de Confucius un sens nouveau, la « qualité » de l’homme noble n’étant plus déterminée exclusivement par sa naissance, mais dépendant aussi et surtout de sa valeur comme être humain accompli.
L’élévation n’est plus tant celle de la naissance et du rang social que celle de la valeur morale.
Le junzi est donc  » l’homme de qualité » ou « l’homme de bien », par opposition au xiaoren 小人, « l’homme petit » au sens moral, ou « l’homme de peu ». Cette opposition, qui revient comme un leitmotiv dans les Entretiens, même si elle revêt chez Confucius un sens plus moral que social, indique bien une continuité dans la conscience propre aux junzi de former une élite :

L’homme de  bien connaît le Juste, l’homme de peu ne connaît que le profit (IV,16).
L’homme de bien est impartial et vise à l’universel ; l’homme de peu, ignorant l’universel, s’enferme dans le sectaire (II, 14).

La grande affaire de l’apprendre est donc de devenir « homme de bien ». En d’autres termes, empruntés à un grand penseur confucéen du XIème siècle (Zhang Zai), « apprendre, c’est apprendre à faire de soi un être humain ». On ne saurait mieux dire qu’être humain, cela s’apprend et cela constitue une fin en soi. C’est la même valeur suprême, il n’en est pas de plus haute. Comme tous les penseurs chinois, Confucius part d’un constat fort simple et à la portée de tous : notre « humanité » n’est pas un donné, elle se construit et se tisse dans les échanges entre les êtres et la recherche d’une harmonie commune. Toute l’histoire humaine ainsi que notre expérience individuelle sont là pour nous confronter à l’évidence qu’humains, nous ne le sommes jamais assez et que nous n’en finirons jamais de le devenir davantage. »

Quand elle aborde le sens de l’humain, Anne Cheng rappelle que « le caractère ren 仁 est composé du radical « homme » (qui se prononce également ren) et du signe « deux » : on peut y voir l’homme qui ne devient humain que dans sa relation à autrui. Dans le champ relationnel ouvert par la graphie même de ce terme, le moi ne saurait se concevoir comme une entité isolée des autres, retirée dans son intériorité, mais bien plutôt comme un point de convergence d’échanges interpersonnels. Un grand exégète du IIème siècle apr. J.-C (Zheng Xuan) définit le ren comme « le souci qu’ont les hommes les uns pour les autres du fait qu’ils vivent ensemble. »

Au sein de la communauté des pratiquants d’arts énergétiques et martiaux chinois, certains se distinguent par le temps qu’ils veulent bien consacrer bénévolement aux tâches, parfois chronophages et ingrates, qui permettent de tisser le lien entre pratiquants, entre une maison commune (la fédération) et les milieux institutionnels, … C’est la raison pour laquelle la FAEMC a décider d’attribuer pour la première fois en 2017, une distinction honorifique, le Junzi, qui reconnaît à son juste mérite l’investissement de ces personnes valeureuses.

Les Junzi d’or 2017