Le Qi Gong de l’Oie Sauvage

Bien avant de rentrer dans la classification moderne des qi gong, l’école de l’Oie Sauvage  (da yan en chinois) a transmis pendant des dizaines de siècles un ensemble complet de techniques martiales, thérapeutiques et de concepts philosophiques.

Genèse et transmission du Qi Gong de l’Oie Sauvage
La création du Qi Gong de l’Oie Sauvage serait attribuée au moine Dao Han dans les années 350 sous la dynastie des Jin (265-420).
Ses concepts particuliers sont issus  de principes bouddhistes et taoïstes, à savoir le non-agir pour le taoïsme et la vacuité pour le bouddhisme, et ce  aussi bien au niveau de l’essence des  techniques (Circulation ciel / terre le long du canal central bouddhiste  et  petite circulation céleste ou orbite microcosmique taoïste) que dans le mode de transmission (Bouddhiste : le Maître forme intégralement son élève ou disciple ; taoïste : le Maître accompagne son élève ou disciple qui doit parcourir le chemin et découvrir par lui-même) .

Installée à l’origine dans les monts Kunlun (chaine de montagne au nord du plateau du Tibet), l’école émigra vers l’ouest de la Chine. Les savoirs ancestraux furent  transmis secrètement de maître à élève depuis cette période,  traversant des périodes de guerre, de paix, et de répression.

En 1978, après la mort de Mao (qui avait interdit toutes ces pratiques qu’il jugeait arriérées), Yang Mei Jun fut initiée par son grand-père, devenant ainsi la 27ème dépositaire de la lignée de l’Oie Sauvage. Agée déjà de plus de 80 ans, elle décida d’ouvrir au monde l’enseignement des techniques du Dayan demeurées secrètes, pour éviter la disparition de ce savoir, au cas où une nouvelle période de répression viendrait à sévir.

Qi gong de l'oie sauvage Chrisitan Millard

De gauche à droite : Yang Meijun, Hu Bingkun, Christian Millard, Chen Chuan Gang (voir note 1)

En 1980 elle retrouva son fils ainé Chen Chuan Gang après  36 ans de séparation due à la guerre contre les Japonais, suivie de l’avènement du communisme puis de la révolution culturelle. Elle le forma et le prépara à sa succession.
Pendant cette période de «résurgence » du qi gong (entre 1980 et 1999), Yang Mei Jun est devenue rapidement une référence du qi gong en Chine : elle fut membre du conseil scientifique de recherche sur le qi gong, et membre honorifique de nombreuses institutions de recherche et d’universités.
Elle forma de nombreux disciples pour la Chine et pour l’Occident. Le dr Hu Bingkun est un de ces disciples qui émigra aux Etats-Unis.

En cours avec Chen Chuan Gang

Elle a ensuite passé le reste de sa vie à soigner et à enseigner ces techniques autour d’elle dans le but de faire profiter toute la Chine et l’Occident des bienfaits du qi gong de l’Oie Sauvage : pour ce faire, elle a condensé les 72 techniques ancestrales en une vingtaine de techniques ou méthodes réparties en enchainements dynamiques et en postures et méditations statiques.

En 1998 elle transmet l’héritage de l’Oie Sauvage à son fils Chen Chuan Gang qui devient donc le 28ème dépositaire de la lignée.
Yang Mei Jun nous a quittés en 2002 à l’âge 106 ans. Son fils ainé Chen Chuan Gang  continue à œuvrer à Wuhan pour la transmission et le développement de l’Oie Sauvage dans le respect des traditions.

Le docteur Hu Bingkun continue de son côté aux Etats-Unis à développer ce système de qi gong en modernisant et en occidentalisant les concepts totalement imprégnés de la culture chinoise ancestrale,  souvent difficiles à appréhender pour nos esprits occidentaux.

 

Christian Millard Qi gong de l'oie sauvageL’auteur de cet article, Christian Millard, est le 3ème Occidental (sur une centaine de disciples toujours vivants), après Sifu Shane Lear (USA) et Maitre Simon Blow (Australie) à avoir été reconnu  disciple de Maitre Chen Chuan Gang, 28ème dépositaire de la lignée de l’Oie Sauvage .

 

Le contenu du Qi Gong de l’Oie Sauvage ou Dayan Qi gong
« Les pratiques du Qi Gong de l’Oie Sauvage sont en elles-mêmes un système complet de santé et de guérison. C’était le plus célèbre qi gong et le plus largement pratiqué en Chine. Il était très connu pour ces admirables et gracieux mouvements qui suggèrent l’image d’une oie sauvage innocente et sans crainte qui se réveille, s’étire, cours et vole autour de la prairie et de la rivière, boit, se nourrit, fait son nid et s’endort. » (Dr Hu Bingkun)

Le Dayan Qi Gong n’est pas un simple enchaînement de mouvements répétitifs, comme beaucoup de qi gong modernes, mais est en réalité un système complet issu de l’école de L’Oie Sauvage. Il était composé de 72 techniques que Yang Mei Jun a condensées dans 26 techniques composées de grands enchaînements d’une dizaine de minutes, de petits enchaînements préparatoires ou de fin de pratique, de formes martiales dynamiques rapides et de nombreuses méthodes thérapeutiques préventives  spécialisées : Dayan Yang Sheng Gong  (cœur, rein, rate, estomac, yeux, articulations …).

L’ensemble de ces enchaînements est complété par des techniques de méditation indispensables à l’évolution du pratiquant en ce qui concerne les respirations, la concentration, les visualisations et l’intention.

La structure du Dayan Qi Gong constitue par elle-même l’outil principal de la pédagogie de son enseignement. La variété des exercices et des entraînements permet de construire un cycle d’apprentissage dans un ordre logique (qui n’est pas celui de la numérotation des formes) en alternant en permanence les formes dites méditatives ou lentes, les enchainements dynamiques rapides et les formes dites préparatoires.
Les formes génériques (1 et 2) composées de mouvements inducteurs sont apprises en parallèle.
Les clés spécifiques servant à la fois d’objectifs et de moyen d’évaluations sont chronologiquement :

1/ Appuis, prise de conscience de la gravité et de la répartition du poids (poids sur la jambe arrière caractéristique du Dayan Qi Gong formes 1 à 8)
2/ Coordination et relâchement dans les mouvements (permettant la circulation du qi dans le corps)
3/ Concept de voyage orienté (prise de conscience au-delà du point de départ et du point d’arrivée d’un mouvement, du « voyage » vers une « destination » en privilégiant non pas le but mais le chemin qui permet d’y arriver)
4/ Respiration abdominale inversée (respiration inductrice du contrôle de la circulation en orbite)
5/ Conscience motri-sensorielle (permettant la prise de conscience du qi et de sa circulation à travers les mouvements)
6/ Concept action-réaction (mouvements inducteurs ou intentionnels circulaires inversant la circulation du qi dans les canaux principaux afin de provoquer une amplification de la circulation dans le sens naturel)
7/ Concept centre-périphérie (mouvements inducteurs ou intentionnels linéaires renforçant l’expression du qi dans les extrémités et son retour au centre)
8/ Respiration comprimée (ou respiration de Kegel) amplifiant le déplacement et l’intensité du qi dans les mouvements)
9/ Circulation intentionnelle (déplacement intentionnel du flot de qi à l’intérieur puis à l’extérieur du corps.)

Grande forme de l’Oie sauvage : Enchaînement chorégraphique d’environ 30mn (suivant la vitesse d’exécution) séparé en deux parties
64 premiers mouvements ou forme 1
64 seconds mouvements ou forme 2

qi gong de l'oie sauvage

Ces enchaînements sont composés de mouvements inducteurs très puissants permettant à un débutant de ressentir très rapidement le qi et sa circulation dans le corps et ce sans aucune intentionnalité énergétique. (Le pratiquant ne doit se représenter que la chorégraphie de l’oie, qui s’amuse dans un champ, se nourrit, s’envole, bois l’eau du lac, fait sa toilette…)

Puis viennent ensuite deux groupes d’enchaînements :
Enchaînements méditatifs, lents privilégiant le ressenti plus précis et la canalisation du qi et de sa circulation, puis progressivement à la mise en place de la respiration abdominale inversée et la visualisation de cette circulation énergétique.

Forme n°4 (Trépieds et spirales) centrée sur le Dan Tian inférieur
Forme n°9 (Ouverture du cœur – Qi gong des arômes) centrée sur le Dan Tian médian.
Forme n°11 (Qi gong du développement personnel) centrée sur le dan Tian supérieur. (Forme la plus avancée du système)

Enchaînements dynamiques, rapides, constituant la base de l’entraînement à la coordination et au relâchement dans les mouvements, de même que progressivement la mise en place de la respiration abdominale inversée et du concept centre-périphérie.
Forme n°3 (Marche Bagua des monts Kunlun) coordination et relâchement
Forme n°5 (les paumes de velours) concept de centre-périphérie
Forme n°8 (Baguas et Qi Gong des 5 éléments) respiration inversée.
Formes 10  (Les paumes de l’oie sauvage) Applications à travers des mouvements à apparence martiale
Forme 15 (Les poings de velours)  Applications à travers des mouvements à apparence martiale.

Petits enchaînements préparatoires et enchaînements spécifiques constituant des techniques courtes préparant le corps à la pratique et exercices spécifiques sur des fonctions organiques
Forme n°6 (Tapoter le long des méridiens)
Forme n°7 (Qi Gong pour l’étirement du dos)
Formes n° 13 (Orbite microcosmique)

Formes préventives ou curatives spécifiques :
Forme n°12 (Qi Gong du Rein)
Qi Gong du Foie – Qi gong des Yeux – Qi gong de l’estomac  – Qi gong du Cœur …

L’ensemble de ces enchaînements est complété par des techniques de méditation.

1de gauche à droite: Grand Master Yang Meijun, 27ème dépositaire de la lignée de l’Oie sauvage, Dr Hu Bingkun, disciple de Yang Meijun émigré aux Etats-Unis, Christian Millard, représentant de Dr Hu pour la France et disciple direct de Chen Chuan Gang, Grand Master Chen Chuan Gang, fils de Yang Meijun et 28ème dépositaire de la lignée de l’Oie sauvage.