Mon expérience des passages de duan fédéraux

Maitre Wang Yen-nien a dit, lors de la création du Collège des Enseignants du Yangia Michuan Taiji, qu’il était important de participer à la vie de la Fédération. Dans cet article, je parlerai plus particulièrement de mon expérience et de l’intérêt que m’ont apporté les passages de duan au sein de la Fédération des Arts Energétiques et Martiaux Chinois (FAEMC).
Cela fait 16 ans que je suis adhérent à la FAEMC, et 6 ans que notre association fait adhérer systématiquement chacun de ses membres.
Je viens de passer le 2ème duan de la Fédération. Le terme «duan» est utilisé dans notre style pour désigner les 3 parties de la forme à mains nues, mais au niveau fédéral il désigne des degrés. Pour éviter cette confusion, j’utiliserai le terme de «séquences» pour désigner les parties de la forme, et je réserverai le terme de duan aux degrés fédéraux.

 

 

 

 

 

 

 

L’examen du 2ème duan a consisté à présenter une prestation devant un jury de 5 membres, constitué de pratiquants haut gradés de différents styles de taiji quan . Cette prestation était constituée de 3 unités de valeurs et d’un entretien :

  • Une réalisation de 5 minutes de la forme à mains nues (1ère et 2ème séquences pour notre style), à partir d’un point quelconque de la forme tiré au hasard. Il s’agit donc d’être capable de reprendre la forme à n’importe quel endroit.
  • Une démonstration, avec un partenaire de notre choix, des applications des mouvements de la forme, à la demande du jury durant 5 minutes. Il s’agit donc de connaitre et de savoir réaliser toutes les applications martiales des 1ère et 2ème séquences de notre forme, une fois au ralenti et une fois de façon dynamique.
  • L’exécution, avec un partenaire de notre choix, d’une variété de tuishou à pas fixes, à un bras et à 2 bras, en y plaçant les 8 potentiels et leurs transformations (réponses aux potentiels placés par le partenaire), en 8 minutes maximum. Il s’agit donc de connaitre un ensemble d’exercices codifiés de tuishou à pas fixe et d’y faire apparaitre plus spécifiquement l’expression des 8 portes et la neutralisation de ces portes.
  • Pour finir par un entretien avec le jury sur la justification des caractéristiques techniques de notre prestation et la présentation de son cursus de formation technique, en 8 minutes maximum. Cet entretien n’est pas noté.
    Pour avoir son grade de 2ème duan il faut la moyenne aux 3 unités de valeurs.

En ce qui concerne le 3ème duan, à venir, il est structuré dans le même esprit que le précédent mais en élargissant

  • aux 3 séquences de notre style aussi bien pour la forme que pour les applications martiales,
  • au tuishou en déplacement variés (linéaires, diagonaux et circulaires) en y plaçant en plus des applications martiales de la forme (une dizaine),
  • et à un enchainement d’armes taiji quan.

Plusieurs choses sautent aux yeux à la lecture de ces demandes.

Une vision du taijiquan multidimensionnelle
Toutes les disciplines du taijiquan y apparaissent : la forme, les applications martiales, les tuishou et les armes. Le taijiquan, c’est tout cela à la fois et la Fédération joue pleinement son rôle en nous demandant de justifier de la connaissance des différentes facettes du taijiquan et ainsi d’en garder la richesse.

Personnellement la préparation de ce 2ème duan m’a apporté de nombreuses choses.
En tant que pratiquant il m’a fallu travailler ce qui m’était le moins familier. J’ai dû aller vers des dimensions du taijiquan vers lesquelles je n’allais pas spontanément et j’ai dû apprendre ce que mon cursus de formation ne m’avait pas suffisamment permis d’acquérir.
Je prendrais comme exemple les applications martiales. Dans mon cursus de formation, je ne les ai que peu étudiées et donc je ne me sentais pas à l’aise avec elles et de plus elles ne m’attiraient pas plus que cela. Le travail de préparation m’a permis non seulement de mieux les connaitre mais aussi de mieux les comprendre et ainsi de mieux les apprécier.
Un autre intérêt est le travail de préparation en parallèle des différentes dimensions du taijiquan, cela m’a permis de prendre conscience plus précisément de l’unité du taijiquan et de la spécificité de chacune de ses facettes et ainsi de leur complémentarité, mais aussi de leurs points communs.
En tant qu’enseignant, cela m’a permis d’intégrer systématiquement les applications martiales à l’apprentissage de la forme. Mais plus globalement d’enrichir l’enseignement de chaque facette en y intégrant les expériences acquises dans les autres dimensions.

J’ai hâte de travailler pour préparer mon 3ème duan, car cela me permettra d’élargir mon tuishou mais aussi d’intégrer les armes dans cette vision d’un taijiquan multidimensionnel.

Un jury provenant souvent de styles de taijiquan différents du nôtre, ce qui nous recentre sur les principes.
Les membres du jury n’étant pas souvent de notre style, ils ne nous jugent pas sur la mémorisation de notre forme ou de nos exercices de tuishou ou des applications martiales spécifiques à notre école.
Nécessairement, ils se recentrent sur les principes communs à toutes les écoles de taijiquan et ainsi nous obligent à mieux repérer ces principes fondamentaux dans chacune des facettes du taijiquan que nous pratiquons.
En voici quelques exemples : attitude, relâchement, équilibre, enracinement, axe, arc et structure, taille et bassin, fluidité, densité, coordination regard, etc. Là aussi la FAEMC joue pleinement son rôle au-delà des spécificités de chaque style.
Le regard d’experts de tous styles est important, il objective nos acquisitions par une vision extérieure de notre pratique. Ils nous permettent de savoir si, lorsque nous essayons de mettre en pratique les principes fondamentaux du taijiquan, cela se manifeste visiblement.

Une motivation et de nombreux échanges
Je n’ai pas réalisé le travail de préparation seul. En fait, on ne peut pas dire que je me suis préparé mais que nous nous sommes préparés ensemble, les 5 enseignants des Compagnons du Taijiquan et d’associations proches.
Les échanges ont été d’une grande richesse, bien au-delà d’une simple préparation. Nous avons retravaillé tous nos fondamentaux, nous les avons approfondis et mieux intégrés dans notre pratique et notre enseignement. Nous avons pu aussi repérer des familles de mouvements ou d’applications martiales de notre forme, tester des variantes et leur efficacité.
En parallèle, nous avons suivi un ensemble de stages pour nous préparer, avec des moments de transmission important entre nous au retour de ces stages, pour en faire aussi profiter ceux qui n’avaient pas pu s’y rendre.

Conclusion
Le passage d’un degré de type duan fédéral nous permet individuellement de mesurer notre progression, et cela peut nous motiver.
Mais son intérêt principal est dans le travail réalisé pour l’obtenir et donc d’une certaine façon le duan le plus important n’est pas celui qu’on a obtenu, mais est celui que l’on prépare.
Bien entendu, j’aurai pu réaliser tous les éléments de cette préparation sans passer de duan. Mais l’aurais-je fait ? La réponse est non et de fait je ne l’ai jamais fait par le passé !
La préparation d’un duan est une mise en mouvement, elle permet sur un temps réduit une densification de notre travail, puisqu’il y a une date limite que l’on se fixe. Elle permet aussi d’élaborer un programme de travail et de progression structuré et cohérent non seulement pour soi mais aussi au sein de collectifs d’enseignants.
Le passage d’un duan fédéral nous permet aussi de mesurer notre progression et de la confronter aux regards pas particulièrement complaisants de pratiquants plus avancés que nous. Seul dans notre coin, nous pouvons si facilement nous leurrer.
La densité et la diversité de la préparation nous permet de mieux comprendre qu’il n’y a pas la forme d’un côté et d’autres cotés les applications martiales, le tuishou et les armes ; ce sont les facettes d’un même objet, le taijiquan.

Si certains d’entre vous souhaitent plus de renseignements, d’aide ou simplement en parler, je me tiens à leur disposition : lionel.descamps@numericable.fr