Yao kui et peng kai dans le sabre martial

Les principes conditionnels d’un enchaînement de sabre martial

Quel que soit le style ou l’école d’arts martiaux chinois, la pratique du sabre appelle une qualité d’intention particulière dans sa réalisation, de celle que l’on compare au maintien d’un « esprit féroce comme un tigre ».  

Deux principes nourrissent l’intention du sabre dans la pratique :
1. Le principe de yāo kǔi, se traduisant littéralement par « taille-jambes », se rapporte au travail spécifique de la région lombaire ou la région des « reins », en coordination avec le travail des jambes.
À chaque mouvement du sabre, le couple yāo tǔi se met en action selon l’axe principal du mouvement de l’arme, la seule force du bras tenant le sabre étant trop partielle et rigide pour développer l’agilité et transmettre l’énergie interne.
Plouvier_sabre_dessin_ymÀ travers les nombreuses techniques de l’enchaînement du sabre, le pratiquant va expérimenter comment exploiter l’énergie de la totalité du corps pour la faire parvenir utilement dans les différentes parties de l’arme.

2. Le principe de pěng kāi, se traduit littéralement par « parer-ouverture » et désigne l’accentuation du potentiel d’expansivité pěng, la première des « huit portes » pěng, , , àn, cāi, lìe, zhǒu, kàu.
Dès l’étude de l’enchaînement à main nue, grâce au déploiement des membres et à des postures basses, on cherche à obtenir cette ouverture dans l’espace. Cette forme particulière du travail de l’énergie dans le tàijíquán, par le déploiement et l’amplitude des mouvements (correspondant aux formes de tàijíquán dites « larges » ou de grande structure, « dà jia ») est ensuite intégrée à l’enchaînement du sabre, pour y accroître les aptitudes de mobilité et de souplesse.

PLOUVIER_Marianne_sabreRappelons ici que l’enchaînement du sabre fait partie des quatre disciplines classiques des écoles d’arts martiaux de taiji que sont le tàijíquán, ou enchaînements à main nue, le sabre de tàijí, l’épée de tàijí, et le travail de la lance.
Moins précis et fin que l’épée, le sabre demande cependant des jambes fortes et sollicite d’emblée une structuration claire des mouvements des membres, du buste et des reins, assez proches des fondamentaux du tàijíquán. C’est la raison pour laquelle il est conseillé de commencer l’étude des armes par le sabre, justement du fait du pěng kāi et du yāo tǔi, principes spécifiques du sabre.

La qualité particulière de l’intention faite d’acuité, de volonté, de réactivité et de souplesse, est inhérente à la pratique du sabre de tàijí, que l’enchaînement soit rapide ou pas, que la force soit exprimée ou non. Elle est l’expression sensible de la martialité, et elle transparaît autant dans le maintien physique et l’attitude morale des pratiquants sincères, qu’elle est intérieurement éprouvée par eux.
 
Mais cette posture n’implique absolument pas l’abandon de la recherche du relâchement. Elle n’est tout simplement pas au premier plan comme dans le tàijíquán ou comme dans l’épée de tàijí.
Sans ce travail parallèle du relâchement et de l’intention, on n’obtiendrait qu’une gestuelle empesée et extérieure. Tout au contraire, il faut veiller à « remplir » la forme de sabre, à lui donner de la densité, en prenant son temps, en surveillant le fil de la lame, et en allant jusqu’au bout des mouvements.

À un stade plus avancé, il s’agit d’effectuer ce remplissage avec l’énergie jìn. On sait que l’énergie jìn provient du rassemblement bref du souffle interne et peut être appliquée en un point à l’aide d’une posture corporelle donnée ; il s’agit d’une force globale par rapport à qui résulte d’une action musculaire localisée.
 
C’est bien par la totalité du corps que la pratique du sabre de tàijí permet d’exprimer l’énergie interne. Cette recherche de mobilité globale, à travers la pratique d’une arme comme le sabre, va faciliter en retour la mobilisation de l’énergie.

Marianne Plouvier est l’auteur de « Nouvelle Lecture du Taiji Sabre », paru aux Éditions You Feng en juin 2015.